Labyrinthe-fétiches à Liège

Vue de l’exposition © CAL Liège

Vue de l’exposition © CAL Liège

Comment exposer des objets que la colonisation a arrachés à un continent pour les faire parvenir en Europe où ils furent tour à tour considérés comme des curiosités, des vestiges d’une civilisation sauvage et archaïque, des témoins de l’enfance de l’humanité, avant d’appartenir aux catégories de l’« art nègre », des « arts primitifs » et, plus récemment, des « arts premiers » ? Conçue par l’artiste Toma Muteba Luntumbue à partir des collections africaines de l’Université de Liège, cette exposition nous invite à déambuler dans le labyrinthe des idées et des préjugés qui ont inspiré la collecte, l’étude, la muséalisation, puis la sacralisation d’objets désormais enfermés dans une « prison de sens ». En reconstituant dans l’espace de La Cité Miroir les différents modes de classement et dispositifs de présentation des objets africains, Toma Muteba Luntumbue entend montrer combien leur présence muséale et leur artification les a définitivement privés de leur identité culturelle et de leur appartenance structurelle initiale. Ce phénomène de patrimonialisation a non seulement changé le sens et le statut de ces objets, mais il en a fait de nouveaux fétiches. Devenus intouchables, alors qu’ils sont parvenus à nous dans une situation d’arrachement, de violence et de mépris, les objets d’art africain sont à présent figés dans une autre histoire typiquement occidentale, celle du « patrimoine mondial de l’humanité ». Conçue à partir des collections africaines de l’Université de Liège, cette exposition prend place dans le cadre de l’exposition « Zoos humains. L’invention du sauvage » qui, suite au succès rencontré depuis l’automne dernier, est prolongée jusqu’au 26 février.

> Jusqu’au 26 février à la Cité Miroir, 22 place Xavier-Neujean à 4000 Liège.