La trahison des images

IRENELAUB

Eduardo Matos, 2017 © Courtesy of the artist

Comment faire part de ce qui est vu et le transmettre dans la réalisation même de l’image ? C’est dans la capacité à solliciter des micro-événements en marge de l’écriture dominante, pour en proposer une lecture subjective, que le travail de l’artiste grecque Eirene Efstathiou et du Portugais Eduardo Matos se rencontrent. Deux nouveaux venus chez Irène Laub, qui a visité leur atelier et choisi de les exposer ensemble. Une manifestation qui mêle différentes techniques, de la photographie au dessin en passant par la vidéo et l’installation, questionnant la manière dont circulent les images, le manque de références à leur sujet et la perception que nous en avons. Une invitation à ralentir pour prendre le temps d’observer ce qui se passe et remettre en cause les visions unanimes dans lesquelles nous baignons… Né à Rio de Janeiro en 1970, Eduardo Matos se partage entre Lisbonne et Bruxelles, où il a conçu les œuvres qu’il montre aujourd’hui : installation, vidéo et dessins qui se complètent et se répondent. Une recherche qui a germé dans la solitude de son appartement bruxellois et dans une volonté de résistance vis-à-vis du monde extérieur. Observant résolument les variations de lumière sur les murs de son atelier, Matos tente de les reproduire par le dessin, recouvrant la feuille de papier d’une superposition de fines couches de crayons de couleur à l’instar des glacis des maîtres anciens. Eirene Efstathiou (Athènes, 1970) s’intéresse pour sa part à l’histoire politique grecque et à la façon dont elle est racontée. Partant des protestations de juillet 1965 qui ont eu lieu en amont du coup d’état grec, elle emploie les pages d’un ancien atlas pédagogique colorié par des enfants sur lesquelles elle juxtapose des photographies d’archives et des annotations statistiques d’après-guerre qui décrivent les pertes matérielles subies par son pays sous l’Occupation. Par ce procédé, elle dénonce le fait que les événements politiques et les données sont manipulés et dénaturés par les médias pour servir le récit dominant. Un dispositif similaire est mis en place dans ses peintures : en juxtaposant l’Histoire grecque et des images médiatiques de 1944 à 2008, elle met en lumière les événements politiques de ces deux périodes, donnant lieu à un flou sémantique dû à la perte de contexte qui permettrait d’analyser ces images et d’en interpréter les faits.

> Jusqu’au 15 avril à la Irène Laub Gallery, 8b Rue de l’Abbaye à 1050 Bruxelles.