Deux géants sculpteurs

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Antony Gormley – Living room (2017)

Cela fait déjà trente ans que le sculpteur anglais Antony Gormley (Londres, 1950) a exposé en solo chez Xavier Hufkens pour la première fois. C’était bien avant que le succès le propulse sur la scène artistique internationale, avec une avalanche de récompenses initiées par le Turner Prize en 1994. Succès : un mot dont se méfie l’artiste, pour ce qu’il contient de contentement et d’autosatisfaction. Comme si l’on pouvait ensuite enfiler ses chaussons et se vautrer au coin du feu, repu. Antony Gormley est aux antipodes de cette attitude : spontané, souriant, le regard vif et l’esprit alerte, toujours à l’affût de ce qui pourra l’aider à aiguiser son expérience d’être humain. « Nous sommes sur terre pour une si courte période. J’essaie de livrer le témoignage le plus sincère sur ce que c’est d’être en vie au début du 21e siècle » déclare-t-il sans prétention. Pour lui, la sculpture change le monde : elle a ce pouvoir de modifier les paramètres de notre rapport à l’espace, de la place que notre corps occupe en trois dimensions. Centrée autour d’une sculpture en deux parties intitulée « Living Room », la nouvelle exposition de Gormley chez Hufkens interpelle par la dimension machiniste et abstraite que nous livrent la première série de sculptures qui se dévoilent à nous. Des corps ou des architectures utopiques ? Des robots ou des soldats? Une virilité certaine émane de ces silhouettes muettes, faites de cubes ouverts – constellation de formes cellulaires résultant de la métamorphose numérique imprimée au scan du corps de l’artiste. « Dans quelle mesure sommes-nous abrités et contenus par nos structures, ou contrôlés par ces elles ? » demande Gormley ? Variant les formes (ouvertes ou fermées), déclinant les matériaux, multipliant les interactions avec l’espace de la galerie, Gormley révèle une fois de plus son ingéniosité et le sens profond de son œuvre. Investiguant sans relâche la géométrie, l’abstraction et le rapport métaphysique que l’humain entretient avec son environnement, il rend visibles et tangibles ces profonds questionnements, qui se résument à délivrer la sensation physique et émotionnelle d’un corps dans un espace, et dans le monde. A quelques pas de là, dans l’autre espace occupé par la galerie au 107 de la rue Saint-Georges, le sculpteur belge Michel François (Saint-Trond, 1956) développe quant à lui une exposition solo formellement aussi belle qu’intrigante, ponctuant les lieux d’une série enracinée dans la géométrie de la ligne. Deux artistes et deux œuvres qui entrent en résonance…

> Jusqu’au 8 avril et au 6 mai chez Xavier Hufkens, 6-107 Rue Saint-Georges à 1050 Bruxelles.