Expos du mois

Pierre Alechinsky – Les palimpsestes

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Pierre Alechinsky, Murs et dunes d’Aden

Pierre Alechinsky, né à Bruxelles en 1927, est un passionné du monde de l’imprimé. Depuis plus de 60 ans, il cueille et recueille toutes sortes de papiers aux passés les plus divers. Écumant les puces et les fonds d’archives, l’artiste détourne de leur usage initial de vieux courriers manuscrits, lettres commerciales à en-tête, factures, vieilles cartes de géographie et plans de villes pour les intégrer avec une extraordinaire liberté dans ses propres créations. Par estampage de plaques d’égouts dites « tampons de regard » dans les rues d’Arles, Bruxelles, Liège, New York, Pékin, Rome ou Salzbourg, il a redonné vie à un mobilier urbain des plus modeste. Près de 300 oeuvres (peintures, dessins, estampes, livres…) mettent en lumière un aspect inédit de sa démarche. Le catalogue publié à l’occasion de l’exposition « Pierre Alechinsky. Les palimpsestes » correspond à un inventaire détaillé – et largement annoté par l’artiste – de tous les types de palimpsestes qu’il a expérimentés depuis la fi n des années ’40. Un texte inédit d’Yves Peyré éclaire cette démarche si particulière.

Pierre Alechinsky, die in 1927 te Brussel geboren werd, is een grote liefhebber van de drukkunst. Al meer dan 60 jaar verzamelt hij allerlei soorten papieren met een zeer divers verleden. Deze kunstenaar, die rommelmarkten en archieffondsen afschuimt, onttrekt oude handgeschreven brieven, zakelijke brieven met hoofding, facturen, oude geografi sche kaarten en stadsplannen aan het oorspronkelijke gebruik ervan, om ze op een buitengewoon vrije manier in zijn eigen werken te integreren. Door afdrukken van riooldeksels (zogeheten ‘mangaten’) in de straten van Arles, Brussel, Luik, New York, Peking, Rome of Salzburg te maken, heeft hij een zeer bescheiden stadsmeubilair nieuw leven ingeblazen. Ruim 300 kunstwerken (schilderijen, tekeningen, prenten, boeken…) belichten een ongewoon aspect van zijn methode. De catalogus die ter gelegenheid van de tentoonstelling ‘Pierre Alechinsky. Les palimpsestes’ gepubliceerd wordt, bevat een gedetailleerde inventaris – die aan de hand van aantekeningen door de kunstenaar becommentarieerd wordt – van alle soorten palimpsesten die hij sinds het einde van de jaren 40 verwezenlijkt heeft. In een ongewone tekst van Yves Peyré wordt deze heel bijzondere methode belicht.

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Pierre Alechinsky

Pleins feux sur Wouters

WOUTERS

Portrait de Rik © Vincent Everarts Photographie, Bruxelles

Une exposition rétrospective exceptionnelle et très attendue a ouvert ses portes aux Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, en partenariat avec le Musée royal des Beaux-Arts d’Anvers (KMSKA). Maître incontournable de l’art moderne en Belgique, Rik Wouters (1882-1916) a brillé aussi bien en peinture, en sculpture et en dessin, laissant derrière lui une œuvre éclatante et colorée, aussi fulgurante que le fut son existence de 33 ans seulement. Plus d’un siècle après la mort de l’artiste, ses peintures ont conservé la sensation hédoniste qui traduit la force de son amour pour Nel, ce modèle permanent qui donna sens à sa vie en même temps qu’à son œuvre. Cette quête se transforma rapidement en obsession, comme si l’homme qui se tenait derrière le peintre avait très vite ressenti la brièveté de la trajectoire qui allait être la sienne. Fulgurance de l’existence que prolonge celle du geste. Assomption de l’inachevé qui met en abîme une vie trop brève. L’urgence du bonheur que traduit la peinture de Wouters va au-delà de l’anecdote biographique. Elle participe d’une esthétique générale qui se révèle singulière au sein des avant-gardes historiques. Assignant à la couleur une valeur expressive dégagée de la seule notation impressionniste, Wouters contribue à un mouvement général d’émancipation de la représentation inféodée à l’observation. L’art de Rik Wouters, c’est avant tout une abondance de couleurs et des sujets authentiques, simples, touchants : intérieurs, portraits, natures mortes et paysages. Par son langage visuel, la construction de ses sujets et la richesse lumineuse de sa palette, il a développé un style d’avant-garde, tout en ayant été associé à Ensor et Cézanne. L’exposition des MRBAB rassemble pour la première fois la plus importante collection d’œuvres de l’artiste : 200 peintures, sculptures et œuvres sur papier plongent le visiteur dans l’univers chatoyant et spontané de Wouters, entre fauvisme et avant-garde. Plus de 30 musées, institutions et collectionneurs privés belges et étrangers ont prêté leurs œuvres – dont certaines encore jamais montrées au public. Cette exposition majeure clôture les hommages liés au centenaire de sa mort. Rik Wouters fut rapidement apprécié par ses contemporains ; son talent fulgurant, fauché dans sa jeunesse par la Grande Guerre puis la maladie, nous lègue un héritage artistique fascinant et magistral.

> Jusqu’au 2 juillet aux Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, 3 rue de la Régence à 1000 Bruxelles.

Bury à Bozar

BURY

Pol Bury © Foto Jean-François De Witte, Bruxelles

Alors que l’exposition Picasso vient de fermer ses portes, frôlant les 100.000 visiteurs, le Palais des Beaux-Arts de Bruxelles propose de se plonger dans l’œuvre d’un autre géant de l’art du 20e siècle, belge cette fois. Pol Bury (1922-2005) fait partie de ces figures artistiques à avoir traversé le siècle en le marquant durablement, côtoyant surréalistes et abstraits avant de se singulariser en développant, dès la fin des années 1950, des sculptures en mouvement qui ne ressemblent alors à rien de connu. Ces objets motorisés d’un genre nouveau feront de lui l’un des pionniers de l’art cinétique et l’un des artistes belges les plus actifs de sa génération sur la scène internationale, avant que son œuvre sombre quelque peu dans l’oubli. Surtout connu du grand public pour ses fontaines et sculptures dans l’espace public, Pol Bury fut aussi peintre, écrivain, graphiste et créateur de bijoux – autant de facettes à redécouvrir. Ses débuts suivent les tendances de son époque – une veine surréaliste jusqu’au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, avant d’exposer aux côtés de la Jeune Peinture Belge et de Cobra. En 1953, c’est le coup de foudre pour la sculpture contemporaine, en particulier les œuvres d’Alexandre Calder qu’il découvre à la Galerie Maeght à Paris. Cette révélation débouche sur ses premières œuvres cinétiques. En 1959, Pol Bury trouve définitivement sa voie avec l’exposition de ses Ponctuations, reliefs animés de mouvements très lents qui ne se rattachent à aucun courant contemporain. Les années 1960 sonnent la consécration en Europe comme aux Etats-Unis, et Bury expose notamment à la Biennale de Venise en 1964. Retraçant de façon chronologique l’ensemble d’un parcours aussi long que riche, le Palais des Beaux-Arts présente 120 œuvres, dont 65 installations motorisées, accompagnées d’une sélection d’archives et de travaux graphiques qui complètent la vision de l’artiste. Une fontaine en mouvement sert de bouquet final à un cheminement qui dévoile à quel point l’œuvre de Bury demeure actuelle. Mais le plus fascinant est le mouvement des œuvres, qui ne se livre qu’au visiteur attentif et patient. Est-ce une illusion d’optique ? Est-ce que ça bouge vraiment ? Le doute s’insinue de l’œil à l’esprit, hypnotisant les sens et la tête.

> Jusqu’au 4 juin au Palais des Beaux-Arts, 23 rue Ravenstein à 1000 Bruxelles.

Spectaculaire Yves Klein

Yves Klein and the Blue Globe © Yves Klein, ADAGP, Paris / SABAM, Bruxelles, 2017 © Harry Shunk and Janos Kender © J.Paul Getty Trust

Autre exposition à ne pas manquer cette saison au Palais des Beaux-Arts, celle consacrée à l’artiste français Yves Klein, dont la brève carrière époustouflante (lui aussi !) a secoué le monde artistique européen. Décédé d’une crise cardiaque à l’âge de 34 ans seulement, il laisse derrière lui une œuvre novatrice et pionnière, qui a ouvert la voie à des mouvements comme l’art conceptuel et minimaliste, l’installation et la performance. A travers un parcours d’une trentaine d’œuvres, le visiteur reçoit un vaste aperçu de la créativité exceptionnelle de cet artiste influent. L’exposition met en lumière les principales séries de Klein, dont ses monochromes en IKB, le bleu outremer extrêmement pur grâce auquel il donnait une profondeur infinie à ses toiles. Pour ses Anthropométries, Klein a organisé une performance live durant laquelle des modèles nus appliquaient, tels des pinceaux vivants, de la peinture bleue sur la toile. Ses Peintures de feu, réalisées au lance-flammes, sont aussi présentées, ainsi que ses peintures éponges et ses reliefs planétaires. En plus des œuvres, le public peut aussi découvrir des films et photos rarement exposés, qui montrent comment Klein a façonné son image à travers des photos personnelles et du matériel promotionnel, dans lesquels il se présentait comme un artiste, un visionnaire, un judoka, etc. Une œuvre créée alors qu’il avait 19 ans est caractéristique de son imagination foisonnante : Klein avait en effet revendiqué que le ciel bleu infini était sa première œuvre d’art en le signant symboliquement avec le doigt.

> Jusqu’au 20 août au Palais des Beaux-Arts, 23 rue Ravenstein à 1000 Bruxelles.

Marthe Wéry au BPS22

WERY

Vue de l’exposition Marthe Wéry © BPS22

Moins ambitieuse mais tout aussi splendide, l’exposition rétrospective que propose le BPS22 est quant à elle consacrée à l’artiste bruxelloise Marthe Wéry (1930-2005), à travers une trentaine d’ensembles d’œuvres dont la création s’étale sur plus de 50 an et qui appartiennent toutes aux collections du BPS22 et de la Province de Hainaut. Toutes les étapes importantes de son parcours sont représentées ici, accompagnées de recherches et de documents éclairant sont processus de travail. Ces dernières pièces, de ses premiers croquis aux projets d’intégration architecturale, sont inédites : elles ne sont en effet pas considérées comme des œuvres abouties, susceptibles d’être montrées comme telles, mais possèdent le statut de « recherches » et de « documents de travail » selon les cas. Toute sa vie, Marthe Wéry s’est attelée à explorer les composantes fondamentales de la peinture – les pigments, le châssis, le support –, ainsi qu’à étudier la manière dont ces composantes se répondent entre elles et s’inscrivent dans l’espace et l’architecture. Evoluant par « déplacements » progressifs avec une rare radicalité n’excluant ni la sensibilité ni le plaisir, elle a élaboré avec rigueur une œuvre qui s’est sans cesse renouvelée sans toutefois se dénaturer. C’est ce qu’a souhaité mettre en lumière cette rétrospective, structurée selon les quatre préoccupations récurrentes de l’artiste.

> Jusqu’au 23 juillet au BPS22. Musée d’Art de la Province du Hainaut, 2 boulevard Solvay à 6000 Charleroi.

Le Bauhaus à Bruxelles

ADAM

Mechanical Ballet, 1923 © Kurt Schmidt, FW Bogler and G Teltscher © Photo O Eltinger © Theater der Klange © ADAM

Voici une exposition conçue par le Vitra Design Museum qui prend ses quartiers à deux pas de l’Atomium et nous offre un regard complet sur le design au sein du mouvement « Bauhaus ». Présentant une multitude d’œuvres, pour la plupart jamais exposées (architecture, film, photographie, design), le musée ADAM établit un parallèle entre le design du Bauhaus et les tendances actuelles de designers, artistes et architectes d’aujourd’hui. L’exposition révèle ainsi l’étonnante actualité de cette institution culturelle légendaire. Les figures importantes qui ont marqué son histoire figurent évidemment en bonne place – notamment Marianne Brandt, Marcel Breuer, Walter Gropius ou Wassily Kandinsky – tandis que, parmi les contributeurs contemporains, on trouve Olaf Nicolai, Adrian Sauer, Konstantin Grcic, Hella Jongerius ou Alberto Meda. Dès sa fondation en 1919, l’objectif du Bauhaus de Weimar était de former des créateurs d’un genre nouveau, qui devaient connaître les bases artisanales et artistiques au même titre que la mentalité humaine, le processus de perception, l’ergonomie et la technique – un profil dans lequel les designers d’aujourd’hui s’inscrivent toujours. Le créateur du Bauhaus est en outre chargé d’une mission complète : responsable de la création d’objets répondant aux besoins du quotidien mais aussi actif dans la restructuration de la société. Il s’agit là des prémices d’une vision englobante du design, désormais approfondie au cœur d’un débat renouvelé autour des termes « Social Design », « Open Design » et « Design Thinking ». Découpée en quatre thématiques, l’exposition présente le Bauhaus comme un mouvement complexe et profond, le « laboratoire du design moderne », dont l’influence se perpétue jusqu’à nous. Une perspective très actuelle…

> Jusqu’au 11 juin au ADAM Museum, 1 Place de Belgique à 1020 Bruxelles.

Les leçons d’Édouard Glissant

BOGHOSSIAN

Ji Zhou, 2014 © Courtesy of the artist

Ce printemps, la Fondation Boghossian présente Mondialité, une exposition conçue par Hans Ulrich Obrist et Asad Raza. Mondialité se concentre sur Édouard Glissant et son appel inspirant pour un dialogue mondial qui n’efface pas les cultures locales. À l’heure actuelle, il est important de rappeler l’un des débats internationaux qui gravite autour du cosmopolitisme. Aujourd’hui, les forces homogénéisatrices de la mondialisation tendent vers des extinctions, à la fois à travers les dégradations environnementales et la disparition des phénomènes culturels. Cependant, refuser les forces de mondialisation implique le risque de revenir à des formes de néo-localisme et néonationalisme. Mettant en lumière un penseur clé de notre temps, l’exposition suggère, aujourd’hui plus que jamais, l’importance d’une version nuancée du dialogue mondial. Mondialité présente des œuvres d’art visuelles et des environnements, des films documentaires et des chansons, des structures dramaturgiques et des matériaux d’archives. Elaborée dans la continuité des expositions expérimentales, Solaris Chronicles et A stroll though a fun palace, organisées par Obrist en collaboration avec Raza, l’exposition se développera dans le temps ainsi qu’à travers l’espace. Mondialité a pour but de faire entrer en contact les visiteurs avec les pensées de Glissant et réveiller l’urgence d’un retour à une forme relationnelle de la perception et de la pensée.

> Du 19 avril au 27 août à la Fondation Boghossian / Villa Empain, 67 Avenue Franklin Roosevelt à 1050 Bruxelles

Les lauréats du Prix Duchamp

Ulla von Brandeburg - "It Has a Golden Sun and an Elderly Grey Moon" Film super-16-mm, colour, sound, 22 min 25 sec.

Ulla von Brandeburg – “It Has a Golden Sun and an Elderly Grey Moon” Film super-16-mm, colour, sound, 22 min 25 sec.

A l’invitation du Centre d’art Hangar H18 et de sa directrice artistique Sophie Hasaerts, les quatre artistes distingués par le prix Marcel Duchamp 2016 – Kader Attia, Yto Barrada, Ulla von Brandenburg et Barthélémy Toguo – sont présentés à Bruxelles, à peine trois mois après leur exposition collective au Musée national d’art moderne du Centre Pompidou qui a attiré près de 80.000 visiteurs. En ouvrant ses portes au moment où la capitale vit au rythme d’ArtBrussels, l’exposition « A look at the French scene » dévoile un ensemble inédit d’œuvres spécifiquement choisies pour le Hangar H18. Près de 1000 m2 où les amateurs d’art belges peuvent mieux découvrir les différentes tendances de la scène française actuelle. Une exposition orchestrée par la jeune commissaire Alicia Knock qui a déjà assuré le commissariat de l’exposition de la 16e édition du Prix au sein du Musée national d’art moderne Centre Pompidou. Une trentaine d’œuvres – dessins, collages, photos, vidéos, installations – ont été choisies pour cette exposition qui permettra de mieux cerner les différentes tendances de la scène française actuelle. « Je crois que l’art est la seule activité par laquelle l’homme se manifeste comme véritable individu. » A l’heure où Google lance un programme pour développer la créativité artistique des ordinateurs, cette phrase de Marcel Duchamp donne toute sa signification à l’action de l’ADIAF (l’Association pour la diffusion internationale de l’art français) et de son Prix Marcel Duchamp : s’engager pour la scène française, encourager les artistes qui l’animent, ouvrir les yeux sur les nouvelles formes artistiques, montrer des œuvres qui bousculent nos certitudes et aident à décrypter le monde d’aujourd’hui et de demain, afficher son indéfectible croyance en un humanisme dont l’actualité nous fait parfois douter. Créé en 2000, le Prix Marcel Duchamp est, au fil des années, devenu l’un des plus prestigieux prix de référence dans le monde. Organisé en partenariat avec le Musée national d’art moderne du Centre Pompidou et doté de 35.000 euros, il distingue chaque année un lauréat parmi quatre artistes français ou résidant en France travaillant dans le domaine des arts plastiques et visuels.

> Du 20 avril au 8 juillet au Centre d’art Hangar H18, 18 Place du Châtelain à 1050 Bruxelles.

Design cristallisé

SPAZIONOBILE

Taeg Nishimoto © Courtesy of the artist

Pour sa première exposition de l’année, Spazio Nobile révèle 13 nouvelles installations contemporaines qui explorent le monde organique. Crystallized est une exposition collective explorant la magie du monde organique au travers d’installations d’arts appliqués et design faisant appel à la céramique, au cristal, à la laque, au métal, au mixed media et à la photographie. Les designers et photographes conçoivent spécialement pour cette exposition des œuvres ‘site specific’ pour la galerie en mettant en œuvre de manière artisanale et novatrice des matériaux et mixed media, tels la céramique, le cristal, la laque, le métal, et les minéraux naturels qui convergent tous vers la sublimation de formes cristallines. L’alchimie de la matière a un impact sur notre perception et élève l’objet au rang de l’art plus que de l’ornement. En combinant la nature et la technologie, les créateurs expérimentent et abordent le champ de la vibration visuelle, de la tactilité, des matériaux qui naissent d’une recette propre à chacun, tous étant soucieux de leur environnement et de l’état de la planète. En ce sens, Spazio Nobile met en lumière des pièces de création qui dépassent le seuil de la fonctionnalité pour donner un supplément d’âme aux arts appliqués contemporains.

> Jusqu’au 15 avril chez Spazio Nobile by Pro Materia Gallery, 142 Rue Franz Merjay à 1050 Bruxelles.

La trahison des images

IRENELAUB

Eduardo Matos, 2017 © Courtesy of the artist

Comment faire part de ce qui est vu et le transmettre dans la réalisation même de l’image ? C’est dans la capacité à solliciter des micro-événements en marge de l’écriture dominante, pour en proposer une lecture subjective, que le travail de l’artiste grecque Eirene Efstathiou et du Portugais Eduardo Matos se rencontrent. Deux nouveaux venus chez Irène Laub, qui a visité leur atelier et choisi de les exposer ensemble. Une manifestation qui mêle différentes techniques, de la photographie au dessin en passant par la vidéo et l’installation, questionnant la manière dont circulent les images, le manque de références à leur sujet et la perception que nous en avons. Une invitation à ralentir pour prendre le temps d’observer ce qui se passe et remettre en cause les visions unanimes dans lesquelles nous baignons… Né à Rio de Janeiro en 1970, Eduardo Matos se partage entre Lisbonne et Bruxelles, où il a conçu les œuvres qu’il montre aujourd’hui : installation, vidéo et dessins qui se complètent et se répondent. Une recherche qui a germé dans la solitude de son appartement bruxellois et dans une volonté de résistance vis-à-vis du monde extérieur. Observant résolument les variations de lumière sur les murs de son atelier, Matos tente de les reproduire par le dessin, recouvrant la feuille de papier d’une superposition de fines couches de crayons de couleur à l’instar des glacis des maîtres anciens. Eirene Efstathiou (Athènes, 1970) s’intéresse pour sa part à l’histoire politique grecque et à la façon dont elle est racontée. Partant des protestations de juillet 1965 qui ont eu lieu en amont du coup d’état grec, elle emploie les pages d’un ancien atlas pédagogique colorié par des enfants sur lesquelles elle juxtapose des photographies d’archives et des annotations statistiques d’après-guerre qui décrivent les pertes matérielles subies par son pays sous l’Occupation. Par ce procédé, elle dénonce le fait que les événements politiques et les données sont manipulés et dénaturés par les médias pour servir le récit dominant. Un dispositif similaire est mis en place dans ses peintures : en juxtaposant l’Histoire grecque et des images médiatiques de 1944 à 2008, elle met en lumière les événements politiques de ces deux périodes, donnant lieu à un flou sémantique dû à la perte de contexte qui permettrait d’analyser ces images et d’en interpréter les faits.

> Jusqu’au 15 avril à la Irène Laub Gallery, 8b Rue de l’Abbaye à 1050 Bruxelles.

Le chuchotement du printemps 

ART'LOFT, Lee-Bauwens Gallery_ WHISPERS OF SPRING_Namgoong Whan, Entoptique, Encre sur papier,100X70cm, 2016

ART’LOFT, Lee-Bauwens Gallery, WHISPERS OF SPRING, Namgoong Whan, Entoptique, Encre sur papier,100X70cm, 2016

Tel est le titre de l’exposition collective qui vient d’ouvrir ses portes à la Lee-Bauwens Gallery à Forest, présentant des œuvres sur papier d’Aurélie Nemours, Vera Molnar, Ode Bertrand, Maurice Frydman, Nam Tchun Mo, Namgoong Whan et Shim Moon-Pil. « Le papier est souvent le premier support de travail, léger, sans préparation préalable, qui permet aux artistes d’explorer leurs idées. Ces esquisses, souvent d’une exécution rigoureuse, sont comme des chuchotements à la réalisation d’une œuvre plus importante mais parfois ce sont des petits chef-œuvre se suffisants à eux-mêmes » expliquent les galeristes. Avec cette exposition collective, ils ont réuni des œuvres sur papier mélangeant différentes techniques comme la gouache, le pastel à l’huile, du casé-arti, l’encre de chine, l’acrylique, le jet d’encre, du charbon ou encore du papier plié. Ces œuvres sur papier sont à leurs yeux comme des « chuchotements printaniers » pour mieux découvrir l’univers de leurs artistes.

> Jusqu’au 15 avril chez Art’Loft Lee-Bauwens Gallery, 36 Rue du Charme à 1190 Bruxelles.

Deux géants sculpteurs

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Antony Gormley – Living room (2017)

Cela fait déjà trente ans que le sculpteur anglais Antony Gormley (Londres, 1950) a exposé en solo chez Xavier Hufkens pour la première fois. C’était bien avant que le succès le propulse sur la scène artistique internationale, avec une avalanche de récompenses initiées par le Turner Prize en 1994. Succès : un mot dont se méfie l’artiste, pour ce qu’il contient de contentement et d’autosatisfaction. Comme si l’on pouvait ensuite enfiler ses chaussons et se vautrer au coin du feu, repu. Antony Gormley est aux antipodes de cette attitude : spontané, souriant, le regard vif et l’esprit alerte, toujours à l’affût de ce qui pourra l’aider à aiguiser son expérience d’être humain. « Nous sommes sur terre pour une si courte période. J’essaie de livrer le témoignage le plus sincère sur ce que c’est d’être en vie au début du 21e siècle » déclare-t-il sans prétention. Pour lui, la sculpture change le monde : elle a ce pouvoir de modifier les paramètres de notre rapport à l’espace, de la place que notre corps occupe en trois dimensions. Centrée autour d’une sculpture en deux parties intitulée « Living Room », la nouvelle exposition de Gormley chez Hufkens interpelle par la dimension machiniste et abstraite que nous livrent la première série de sculptures qui se dévoilent à nous. Des corps ou des architectures utopiques ? Des robots ou des soldats? Une virilité certaine émane de ces silhouettes muettes, faites de cubes ouverts – constellation de formes cellulaires résultant de la métamorphose numérique imprimée au scan du corps de l’artiste. « Dans quelle mesure sommes-nous abrités et contenus par nos structures, ou contrôlés par ces elles ? » demande Gormley ? Variant les formes (ouvertes ou fermées), déclinant les matériaux, multipliant les interactions avec l’espace de la galerie, Gormley révèle une fois de plus son ingéniosité et le sens profond de son œuvre. Investiguant sans relâche la géométrie, l’abstraction et le rapport métaphysique que l’humain entretient avec son environnement, il rend visibles et tangibles ces profonds questionnements, qui se résument à délivrer la sensation physique et émotionnelle d’un corps dans un espace, et dans le monde. A quelques pas de là, dans l’autre espace occupé par la galerie au 107 de la rue Saint-Georges, le sculpteur belge Michel François (Saint-Trond, 1956) développe quant à lui une exposition solo formellement aussi belle qu’intrigante, ponctuant les lieux d’une série enracinée dans la géométrie de la ligne. Deux artistes et deux œuvres qui entrent en résonance…

> Jusqu’au 8 avril et au 6 mai chez Xavier Hufkens, 6-107 Rue Saint-Georges à 1050 Bruxelles.