Expos du mois

Le MiLL fête ses 30 ans !

Idel Ianchelevici © Musée Ianchelevici © Photo Bernard Vanroye

Idel Ianchelevici © Musée Ianchelevici © Photo Bernard Vanroye

Qu’est-ce donc que le MiLL ? Un musée encore peu connu sous cette appellation, qui date de 2016, mais qui n’est autre que le Musée Ianchelevici de La Louvière. Depuis 1987, cette institution s’emploie à diffuser l’œuvre de l’artiste d’origine roumaine Idel Ianchelevici (1909-1994). En 30 ans, l’institution a largement dépassé sa vocation monographique pour devenir un centre d’art actuel. Ancrée dans la modernité, l’institution porte depuis 2016 l’acronyme MiLL, reflet de ses multiples missions. Un nom facile à retenir pour un musée accessible à tous. Cette année, l’œuvre de Ianchelevici, qui constitue la collection permanente du musée, sera le fil rouge d’une programmation d’événements éclectiques. Quatre artistes issus d’horizons très différents seront invités à s’exprimer en regard des œuvres de l’artiste roumain : Claudine Peters-Ropsy, Aimé Mpane, Dany Danino, puis enfin Régis et Francis Pedros se succéderont aux cimaises. Du côté des expositions temporaires, la période africaine de Ianchelevici et son amitié avec le peintre russe Léopold Survage serviront plus particulièrement de prétexte à la présentation de deux expositions monographiques d’envergure. La première, au printemps, sera consacrée au sculpteur congolais Aimé Mpane qui se partage entre Kinshasa, Bruxelles et les États-Unis. La seconde, en automne, remettra en lumière l’œuvre peint de Survage. Enfin, des expositions collectives laisseront la part belle aux démarches actuelles. En été, dans la cadre de la biennale ARTour, Baudouin Oosterlynck sera la figure centrale d’une manifestation qui mêle collection, expérience multisensorielle et art contemporain. Et pour débuter la saison anniversaire, en février 2017, le concours Jean et Irène Ransy permettra à des plasticiens de moins de 45 ans de mettre en évidence leur pratique de la peinture figurative au sein d’une exposition collective. Notons également que les expositions consacrées à Aimé Mpane et Baudouin Oosterlynck seront adaptées au public déficient visuel, démarche que le musée poursuit depuis 2010 pour rendre ses collections plus accessibles. L’année 2017 est définitivement l’occasion de se rendre à La Louvière…

> Musée Ianchelevici, 21 place communale à 7100 La Louvière. Agenda complet des activités sur www.ianchelevici.be

Dali à Tournai

Antoni Pitxot © Succession Pitxot 2017

Antoni Pitxot © Succession Pitxot 2017

Après avoir été mis à l’honneur à Liège pendant une bonne partie de l’année 2016, c’est à Tournai que le célébrissime Salvador Dali est exposé en ce début d’année. Son œuvre extravagante et protéiforme y est décryptée par sa confrontation avec les sources multiples d’inspiration – artistiques, scientifiques ou littéraires – qui l’ont fondée, depuis la Renaissance jusqu’à l’époque moderne en passant par le romantisme. Cette exposition a pour but de reconstituer le véritable « ADN » de l’artiste ainsi que de révéler les liens insoupçonnés qui l’unissaient à une famille d’artistes de Cadaqués, les Pitxot, laquelle joua un rôle important dans l’éveil de sa vocation et dont la dernière figure récemment disparue, Antoni Pitxot, devint à la fois son collaborateur et son ami intime tout en produisant une œuvre picturale méconnue. Un ensemble exceptionnel d’œuvres de Dali et de Pitxot sera présenté aux côtés de grandes références de l’histoire de l’art européen. Pour les organisateurs, l’objectif de l’exposition est triple : il s’agit aussi bien de révéler la peinture d’Antoni Pitxot, peintre arcimboldesque disparu en 2015, ancien directeur du musée Dali et plus fidèle ami de l’artiste jusqu’à sa mort en 1989. Mais c’est aussi l’occasion de faire connaître les liens historiques méconnus entre les deux familles Dali et Pichot depuis le début du vingtième siècle et de dévoiler les affinités esthétiques et les sources d’inspiration communes de Dali et Pitxot à travers l’histoire de l’art européen.

> Jusqu’au 16 avril au Musée des Beaux-Arts de Tournai, 3 rue de l’Enclos Saint-Martin à 7500 Tournai.

Labyrinthe-fétiches à Liège

Vue de l’exposition © CAL Liège

Vue de l’exposition © CAL Liège

Comment exposer des objets que la colonisation a arrachés à un continent pour les faire parvenir en Europe où ils furent tour à tour considérés comme des curiosités, des vestiges d’une civilisation sauvage et archaïque, des témoins de l’enfance de l’humanité, avant d’appartenir aux catégories de l’« art nègre », des « arts primitifs » et, plus récemment, des « arts premiers » ? Conçue par l’artiste Toma Muteba Luntumbue à partir des collections africaines de l’Université de Liège, cette exposition nous invite à déambuler dans le labyrinthe des idées et des préjugés qui ont inspiré la collecte, l’étude, la muséalisation, puis la sacralisation d’objets désormais enfermés dans une « prison de sens ». En reconstituant dans l’espace de La Cité Miroir les différents modes de classement et dispositifs de présentation des objets africains, Toma Muteba Luntumbue entend montrer combien leur présence muséale et leur artification les a définitivement privés de leur identité culturelle et de leur appartenance structurelle initiale. Ce phénomène de patrimonialisation a non seulement changé le sens et le statut de ces objets, mais il en a fait de nouveaux fétiches. Devenus intouchables, alors qu’ils sont parvenus à nous dans une situation d’arrachement, de violence et de mépris, les objets d’art africain sont à présent figés dans une autre histoire typiquement occidentale, celle du « patrimoine mondial de l’humanité ». Conçue à partir des collections africaines de l’Université de Liège, cette exposition prend place dans le cadre de l’exposition « Zoos humains. L’invention du sauvage » qui, suite au succès rencontré depuis l’automne dernier, est prolongée jusqu’au 26 février.

> Jusqu’au 26 février à la Cité Miroir, 22 place Xavier-Neujean à 4000 Liège.

Débat collectif à l’ISELP

Meggy Rustamova, 2015, installation sonore et photographique © Courtesy of the artist

Meggy Rustamova, 2015, installation sonore et photographique © Courtesy of the artist

Première exposition monographique du collectif Messidor, « Some arguments Later » prolonge une résidence du collectif à l’Institut et se déploie dans les salles avec un programme double : une exposition d’un ensemble d’œuvres du collectif associé à un programme discursif et réflexif composé de conférences, rencontres et projections. Messidor est un collectif de quatre artistes (Meggy Rustamova, Pieter Geenen, Sirah Foighel Brutmann et Eitan Efrat) basés à Bruxelles et à Gand, issus de différents horizons et ayant chacun une pratique artistique propre. Il a été fondé dans le but de questionner, débattre et mettre en pratique l’importance qu’il y a à se rassembler aujourd’hui dans le champ de l’art. Lauréat du Prix #CONNECTIF, le collectif a investi les espaces de résidence de l’institut d’octobre à décembre 2016. Prolongement de cette résidence, l’exposition articule un ensemble d’œuvres nouvelles et plus anciennes qui mettent en discussion différentes manières de partager ou de diviser un même espace, un territoire, physiquement ou mentalement. Le public est ainsi invité à évoluer entre films et installations, photos, vidéos et œuvres sonores qui interrogent la notion de collectif et ses représentations dans des univers politiques et sociaux. Le programme parallèle se tiendra dans les salles d’exposition ainsi que dans l’auditoire de l’ISELP. Il s’agira d’une série d’événements et de rendez-vous de différentes natures qui se déploieront jusqu’en mars et viendront éclairer et nourrir l’exposition : projections de films, workshops, rencontres, conférences, performances… Ainsi, une journée de réflexion sera organisée avec Daniel Mann (Goldsmiths Institute, Londres) et Laliv Melamed (Département de cinéma de l’Université de New York) autour de l’incursion de la question de la guerre dans les images que nous produisons au quotidien. D’autres rencontres, comme une conférence de la chercheuse berlinoise Sofia Lemos et une conférence performée de la curatrice espagnole Alexandra Laudo viendront éclairer la pratique de Messidor autour de la question du temps. La réalisatrice autrichienne Katharina Aigner proposera une rencontre autour de l’un de ses films. Enfin, un cycle de conférences sera animé par Laurent Courtens, chargé du Centre de la Parole à l’Institut.

> Jusqu’au 19 mars à l’Institut pour l’étude du langage plastique, 31 boulevard de Waterloo à 1000 Bruxelles.

Maison particulière ferme ses portes

Ivan Navarro © Courtesy Galerie Daniel Templon

Ivan Navarro © Courtesy Galerie Daniel Templon

Après six ans d’activité, un dernier accrochage est visible en ce moment au sein de la très belle Maison particulière du couple Myriam et Amaury de Solages, dans le quartier du Châtelain à Ixelles. « From here to eternity » est l’aboutissement d’un chemin commencé avec « Origine(s) » en avril 2011. Par sa durée de plus de six mois et par le nombre réduit d’œuvres présentées (30) et d’artistes conviés (19), cette exposition est à la fois une continuation, une première et une dernière. « Amaury et moi-même avons estimé, au bout de six ans, que nous avions exprimé, mis en lumière et expérimenté une manière originale de donner à voir et ressentir l’art dans une maison. Nous avons dit ce que nous souhaitions dire : montrer et apporter un autre regard, subjectif et libre, ludique et décomplexé, sur l’art, ceux qui le vivent et ceux qui le créent. Cette démarche singulière a petit à petit rencontrée estime, succès et la bienveillance du public. Comme nous avons commencé, nous terminons, en toute liberté, car nous pensons être allés au bout de cette passionnante aventure. » Pour ces adieux, Maison Particulière a souhaité interroger les artistes directement sur la question de l’éternité. Leurs témoignages sont retranscris au fil du parcours. Des mots, en désordre, témoignent de leurs réponses : vertige, vide, légèreté, une autre dimension, les cavernes et les miroirs, le fini et l’infini, l’abîme, l’abandon, la perte … enfin ici et maintenant, peut être est-ce là l’éternité ? Mais pour aborder une autre éternité, celle des œuvres qui ont traversé les siècles et sont parvenues jusqu’à nous, sont présentées dans cet accrochage quelques pièces d’antiquité chinoises généreusement prêtées et choisies par Mme Gisèle Croës, témoignant encore de la volonté de Maison Particulière à n’avoir aucune frontière, à multiplier les regards. Car, comme l’exprime Jean-Baptiste Bernadet, en empruntant les mots de Marcel Proust : « Grâce à l’art, au lieu de voir un seul monde, le nôtre, nous le voyons se multiplier, et autant qu’il y a d’artistes originaux, autant nous avons de mondes à notre disposition, plus différents les uns des autres que ceux qui roulent dans l’infini, et qui bien des siècles après qu’est éteint le foyer dont ils émanaient, qu’il s’appelât Rembrandt ou Vermeer, nous envoient leur rayon spécial. » L’amour de l’art, c’est le prisme à travers lequel Maison Particulière propose de regarder le monde. C’est la diversité des regards, des styles, des écoles, des époques, des tendances. Telle est la devise, s’il devait y en avoir une, de Maison Particulière.

> Jusqu’au 30 avril chez Maison Particulière, 49 rue du Châtelain à 1050 Ixelles.

Tony Craigg au MUDAM

© Adagp, Paris 2017, Rémi Villaggi/Mudam Luxembourg

© Adagp, Paris 2017, Rémi Villaggi/Mudam Luxembourg

Depuis ses débuts dans les années 1970, l’œuvre du sculpteur anglais Tony Cragg se renouvelle constamment. Ses premières œuvres se composent principalement d’objets trouvés, qu’il agence selon leurs caractéristiques, matériaux, couleurs et dimensions. Il instaure ainsi un dialogue intense avec la matière, qui dessine la ligne de force de toute son œuvre. « Je crois que la matière est tout » déclare-t-il. Qu’elles soient composées de bois, de verre, de plastique ou de bronze, ses sculptures associent les qualités propres d’un matériau à la vitalité d’une forme. L’inventivité de Tony Cragg, sa propension à créer des formes aussi complexes qu’élégantes, découlent de cette rencontre. Dans le cadre d’un grand cycle d’expositions monographiques mettant en avant des artistes de la Collection Mudam, cette exposition est l’occasion de découvrir l’œuvre d’un des plus importants sculpteurs contemporains.

> Jusqu’au 3 septembre au Musée d’Art Moderne Grand-Duc Jean, 3 Park Dräi Eechelen à 1499 Luxembourg

Woolworth au Centre de la gravure

L’imprimeur Marc Moyano dans l’atelier, au mur : les estampes de Gunter Damisch, mars 2013 © Michael Woolworth

L’imprimeur Marc Moyano dans l’atelier,
au mur : les estampes de Gunter Damisch,
mars 2013 © Michael Woolworth

Editeur d’art et imprimeur, l’Américain Michael Woolworth s’installe à Paris en 1985. Il ne recule devant rien pour répondre aux attentes les plus inhabituelles des artistes avec lesquels il collabore : son atelier est une sorte de laboratoire pour la création et l’expérimentation ; l’art de l’impression y est constamment réinventé. Intégrant une lithographie sur plâtre de près de dix mètres de long, des impressions sur les supports les plus insolites, des œuvres monumentales ou encore une installation composée de plus de 50 estampes, la scénographie singulière de cette exposition dévoile également les entrailles d’un livre d’artiste et recrée l’esprit de l’atelier. Tirages originaux, monotypes, multiples et livres d’artistes réalisés par Carole Benzaken, Stéphane Bordarier, Mélanie Delattre-Vogt, Marc Desgrandchamps, Jim Dine, Brecht Evens, Philippe Favier, Frédérique Loutz, Pierre Mabille, Roberto Matta, Jean François Maurige, Jean-Michel Othoniel, Stéphane Pencréac’h, Jaume Plensa et José Maria Sicilia.

> Jusqu’au 7 mai au Centre de la gravure et de l’image imprimée, 10 rue des Amours à 7100 La Louvière.

BD en fête à La Boverie

Hugo Pratt © 2017 Cong S.A. Tous droits réservés

Hugo Pratt © 2017 Cong S.A. Tous droits réservés

La nouvelle exposition du Musée de La Boverie a pour titre « Révolution bande dessinée ». À travers un parcours de plus de 300 planches originales de dessinateurs français, belges et internationaux, elle présente deux revues majeures, Métal Hurlant et (A SUIVRE), ayant bouleversé le neuvième art depuis le milieu des années 70 jusqu’à la fin des années 90. Avec quelques grands noms de la bande dessinée tels que Pratt, Tardi, Comès, Druillet, Bilal, Margerin, Forest, Sokal, Schuiten, Baru… A l’initiative de la Ville de Liège et de Michel-Edouard Leclerc, collectionneur passionné de bande dessinée, et sous la conduite du commissaire Jean-Baptiste Barbier, directeur associé de la galerie Barbier & Mathon à Paris, l’exposition retrace une période décisive de l’histoire de la bande dessinée franco-belge. Une période qui couvre pratiquement les 25 dernières années du 20e siècle où, grâce à des auteurs talentueux, la bande dessinée s’ouvre à un public nouveau. Le principe scénographique, imaginé par Éric Morin, propose de mettre en vis-à-vis l’histoire des deux magazines. L’exposition offre un focus particulier sur les auteurs phares de l’époque (Moebius, Druillet, Schuiten, Tardi, Pratt…) et propose également une importante sélection effectuée dans la riche collection de planches originales des Musées de Liège.

> Du 17 mars au 15 juin à La Boverie, Parc de la Boverie à 4020 Liège.

LaToya Ruby Frazier au Mac’s

Latoya Ruby Frazier © Courtesy of the artist.

Latoya Ruby Frazier © Courtesy of the artist.

Lauréate du prix MacArthur Grant en 2015 et du prix de la Gordon Parks Foundation en 2016, la jeune photographe américaine LaToya Ruby Frazier, aujourd’hui considérée comme une figure incontournable de la photographie contemporaine, a été invitée par le MAC’s à participer à une résidence de trois semaines au cœur du Borinage. Fondé sur ses rencontres avec d’anciens mineurs et leurs familles, le résultat de cette résidence est une impressionnante fresque documentant le paysage social et postmoderne du Borinage. C’est à Frameries, en compagnie du lithographe borain Bruno Robbe qu’elle a imprimé cette série de plus de quarante photographies. Exposé en primeur à l’occasion de son exposition monographique au MAC’s, cet ensemble qu’elle considère comme fondamental intégrera les collections du musée. À l’occasion de sa résidence au MAC’s, l’artiste américaine s’est penchée sur l’histoire du Borinage et de l’industrie du charbonnage en rencontrant d’anciens mineurs et leurs familles pour témoigner activement de leur vécu au travers de photographies collaboratives. Ce nouvel ensemble pourrait être vu comme une forme préhistorique du déclin de Braddock, la banlieue de Pittsburgh photographiée par l’artiste dans la série The Notion of Family. C’est dans cet aller-retour entre les deux œuvres qui rapproche les passés respectifs du Borinage et de la « rust belt » américaine que se dessine le caractère universel de l’œuvre de LaToya Ruby Frazier.

> Du 19 février au 21 mai au Musée des Arts Contemporains, 82 rue Sainte-Louise à 7301 Hornu.

Binsztok chez Zedes

Karlo Binsztok © Courtesy of the artist.

Karlo Binsztok © Courtesy of the artist.

Ancien élève de la Cambre, cinéaste, Karlo Binsztok (Bruxelles, 1942) délaisse ici quelque peu la figuration humaine pour se plonger pour la première fois dans le monde des fonds abyssaux, à la recherche de traces laissées par un univers presque silencieux. Mouvements et courants sous-marins laissent sur les fonds obscurs des réseaux linéaires subtils. Fidèle à ses tonalités de gris, de noir ou de bleu foncé, il nous surprend avec un rouge profond, là où proche de la surface, la lumière passe  encore. Son goût de l’image et du cadrage inattendu, laisse place aujourd’hui à un travail plus frontal et surtout plus matiériste avec l’usage du papier imbibé et chiffonné. L’œil du cinéaste a laissé place à l’œil du peintre. Seul subsiste encore son rejet du superflu.

> Jusqu’au 18 février à la Zedes Art Gallery, 36 rue Paul Lauters à 1050 Bruxelles.

Bernadette Chéné à La Forest Divonne

Bernadette Chéné © Courtesy of the artist.

Bernadette Chéné © Courtesy of the artist.

Depuis les années 1980, Bernadette Chéné expose et conçoit des œuvres de grande dimension, spécifiquement imaginées pour les lieux qui l’accueillent. Pour la première fois à Bruxelles, elle présente certaines de ces grandes sculptures dans le cadre d’une galerie, sous la verrière de La Forest Divonne à Saint-Gilles. L’occasion de revenir sur plus de trente ans de création en présentant des œuvres conçues de 1989 à 2016 – pièces en bois, en osier, en métal ou en papier journal, ainsi que la présentation quasi inédite d’une série d’encres sur papier. Marquée en profondeur par l’art de la tapisserie et du tissage, Chéné en a retiré l’art de la patience et du savoir-faire pour sublimer les matériaux les plus simples – la tapisserie conduisant à la mesure de l’espace, au rapport au lieu. Portée par l’héritage du minimalisme et de l’arte povera, elle ne cultive pas seulement la simplicité dans les matériaux mais aussi dans les formes. Une exposition silencieuse et envoûtante.

> Jusqu’au 25 mars à La Forest Divonne, 66 rue Hôtel des Monnaies à 1060 Bruxelles.

Les rêves de Pía Elizondo

Pía Elizondo © Box Galerie

Pía Elizondo © Box Galerie

Ce sont des images rêvées, fugaces, troubles et obsédantes que montre la Box Galerie en ce début d’année. « Je voulais depuis longtemps essayer de parler du rêve. Peut-être parce que j’ai une difficulté fondamentale à parler, à raconter mes rêves. La narration de ma vie nocturne m’a toujours échappé. Je ne réussis à conserver de mes rêves que quelques bribes, images en effet disparates qui se montrent sans ordre ni fil. C’est toujours une narration parsemée de trous noirs, de perte de mémoire. C’est un songe d’oubli » raconte la photographe mexicaine Pía Elizondo. Comment narrer l’inénarrable ? Comment substituer des images extraites du quotidien à ces images mentales qui peuplent les rêves ? Il n’existe ni formule ni recette pour cette improbable transcription de ce qui n’existe que dans une autre conscience. Pour dire l’indicible, l’artiste n’a d’autre choix que celui de se fier à son œil intérieur, cet instinct qui lui dictera où, quand et vers quoi déclencher. Et de troquer les appareils conventionnels pour le Smartphone. La photographie comme un état second, comme une fugitive hallucination, mais nourrie d’une culture qui trouve l’essentiel de ses sources dans le réalisme magique, cette version latino-américaine – si ce n’est essentiellement mexicaine – du surréalisme. Rien d’étonnant à ces références, Pía étant la fille de l’écrivain Salvador Elizondo, et à ce titre très tôt confrontée aux avant-gardes artistiques et littéraires. Jeune fille, dans la maison familiale, elle croise Juan Rulfo, Octavio Paz, Carlos Fuentes. Des fréquentations qui ne peuvent que marquer un destin.

> Jusqu’au 25 mars à la Box Galerie, 102 chaussée de Vleurgat à 1050 Bruxelles.