Art Market

Comme chaque année, le marché a vu de grandes ventes d’objets de collection pendant la saison d’automne. En Belgique, un public nombreux s’est assemblé dans la grande salle de la Galerie De Vuyst ce 22 octobre dernier pour la vente aux enchères de plus de 600 œuvres d’art. Des amateurs du monde entier ont montré un grand intérêt pour notre offre de qualité, comprenant des maîtres du 17ème siècle jusqu’aux artistes contemporains. Trente-six œuvres ont été adjugées pour un prix supérieur à € 25.000, dont dix-neuf au-dessus de € 50.000 et quatre au-dessus de € 100.000.

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James Ensor, « Jardin d’Amour », 1926, adjugé EUR 225.500. Courtesy : De Vuyst.

Le prix le plus élevé de cette vente est atteint par un tableau de la main de JAMES ENSOR : son « Jardin d’amour » de 1926 est adjugé à EUR 225.500 (frais compris). Il s’agit d’une variation en couleurs vives sur le thème des « fêtes galantes » du peintre français du 18ème siècle Antoine Watteau : s’inscrivant dans cette tradition mais à sa manière, Ensor pose ses personnages du bal masqué dans le décor d’un jardin capricieux. Du même artiste non moins de 15 œuvres ont été mises en vente, datant de différents périodes et exécutées en différents technique. Ainsi, deux petits panneaux ont doublé leurs estimations : « Gosses multicolorés en liesse sous la feuillée » (décembre 1938) et « Joliesses ténues et bigarrées » (janvier 1939) ont chacun atteint le prix de EUR 69.250. Le dessin en couleurs intitulé « Les bouteilles » (1929) a également largement surpassé sont estimation haute avec EUR 45.360. Parmi les œuvres impressionnistes et fauves les prix les plus élevés sont marqués par RIK WOUTERS, avec EUR 97.600 pour « Femme se coiffant », et par ANNA DE WEERT, avec EUR 50.400 pour « Brume rose », à côté des résultats remarquables pour les dessins de GEORGES LEMMEN et les œuvres de POKITONOV et JAN SLUYTERS. De la main de LÉON SPILLIAERT on a présenté, entre autres, le dessin au pinceau intitulé « Buste de femme » (1907), vendu EUR 27.720. Des résultats importants pour deux œuvres de FRITS VAN DEN BERGHE sont à noter : « Trois figures » (1931), un tableau établi pendant la dernière période du peintre qui représente un groupe d’êtres irréels, vendu EUR 109.800, et la gouache « L’as de pique ou Le valet de cœur » (1924-25), vendu EUR 61.000. Une huile sur toile rare de KAREL MAES a atteint le prix de EUR 35.280 et l’aquarelle de FRANS MASEREEL intitulée « Moulin Rouge » (1924) a été vendu EUR 25.200, en dépassant le double de son estimation. Plus que la moitié des résultats au-dessus d’ EUR 25.000 est créditée aux œuvres modernes et contemporaines. En ce qui concerne les artistes belges, il faut mentionner l’aquarelle « Pompéi » par PAUL DELVAUX, vendue EUR 150.500, et les œuvres de RAOUL DE KEYSER qui ont fait des prix remarquables. Son tableau presque monochrome « Krijtlijnen » (1973) est adjugé EUR 88.000, le double de l’estimation, suivi par l’huile sur carton de 1988, « sans titre », qui a même quadruplé l’estimation avec EUR 50.400.

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Paul Delvaux, « Pompei », adjugé EUR 150.500. Courtesy : De Vuyst.

Toujours dans le domaine des antiquités, pour les amateurs d’art africain, Les 15 et 16 décembre prochains, la maison de ventes Millon en coopération avec Christie’s, dispersera à l’hôtel Drouot une sélection de pièces provenant de la succession de Madame Madeleine Meunier. La vacation du 15 décembre proposera près de 80 objets d’art africain et océanien, et près de 60 lots d’archéologie collectés par Aristide Courtois et Charles Ratton et restés dans l’ombre pendant près d’un demi-siècle. La vacation du 16 décembre sera consacrée au mobilier, verrerie, argenterie, bijoux

et autres objets ayant appartenu à Madame Madeleine Meunier. Alexandre Millon, Président de Million souligne : « Au cœur de la succession de Madame Madeleine Meunier, les Arts Premiers et l’Archéologie sont à l’honneur, mettant en lumière des trésors oubliés de tous. Mais c’est peut-être plus encore les légendes d’Aristide Courtois et de Charles Ratton que les enchères vont célébrer. L’apparition de la succession Madeleine Meunier sur le marché est un événement attendu depuis longtemps. Les hypothèses sur le contenu de cette collection ont pris des proportions mythiques au cours des dernières années ; en effet, Madame Meunier fut mariée à deux grandes personnalités de l’art africain : Aristide Courtois et Charles Ratton. Chacun ayant joué un rôle majeur dans la découverte des Arts Premiers, Courtois en Afrique et Ratton à Paris. Aristide Courtois (1883-1962), Administrateur des Colonies au Congo, a rapporté des centaines d’objets lors de ses séjours dans les régions d’Afrique où il était en poste. De retour à Paris, Courtois travailla avec le premier grand marchand d’art africain : Paul Guillaume. Aristide Courtois épouse Madeleine Meunier en 1938. De cette union naît une fille, Annie.

De cette époque de sa vie, Madeleine Meunier a conservé trois reliquaires Kota du Gabon et quatre œuvres majeures de l’art Kuyu du Nord Congo collectées par son époux. A la mort de Guillaume en 1934, Courtois se rapproche de Charles Ratton qui devient un client fidèle et lui achète de nombreuses pièces. Les carnets d’achats de Ratton de 1938 à 1943 mentionnent environ deux cents transactions dont le célèbre masque Kwélé à six yeux dit « Masque Lapicque » aujourd’hui conservé dans les collections du Musée du Quai Branly-Jacques Chirac. Quelques années plus tard Madeleine Courtois se sépare de son mari et épouse Charles Ratton Courtois rompt alors avec son ancien ami. Madeleine Meunier aura un fils avec Charles Ratton : Charles-François Ratton, récemment disparu. Charles Ratton (1897-1986) – auquel une exposition a été consacrée au Musée du Quai Branly – Jacques Chirac en 2013 a marqué l’histoire de l’art africain par ses talents d’expert, de collectionneur et de marchand.

En 1935, il fut un important prêteur et conseiller de l’exposition African Negro Art (Museum of Modern Art, New York), la première exposition d’arts d’Afrique organisée dans un musée d’Art Moderne. Toujours à la recherche de nouvelles opportunités pour placer l’art africain sur le devant de la scène, il décide d’exposer l’appui tête Yaka (estimation : 40 000 / 60 000 €) au Théâtre Edouard VII à Paris en 1936 à l’occasion de l‘avant-première du film The Green Pastures. Ratton fut aussi le conseiller artistique du film Les Statues Meurent, réalisé par Chris Marker et Alain Resnais en 1953. Deux pièces présentes dans la succession Meunier figurent dans ce film : le très beau Fang de Charles Ratton, soclé par Inagaki (estimation : 300 000 / 500 000 €) ainsi qu’un appui tête Luba Shankadi (estimation : 500 000 / 800 000 €). Ce chef-d’œuvre peut être attribué au plus célèbre sculpteur africain de l’époque précoloniale : « le maître de la coiffure en cascade », actif à la fin du 19ème siècle en République Démocratique du Congo. D’autres appuitêtes de cet artiste se trouvent dans de grands musées comme le Metropolitan Museum of Art (#1981.399), le British Museum (#AF46.481) et le Musée ethnologique de Berlin (III.C.19987). D’autres appuitêtes de cet artiste se trouvent dans de grands musées comme le Metropolitan Museum of Art (#1981.399), le British Museum (#AF46.481) et le Musée ethnologique de Berlin (III.C.19987). Certaines pièces de grande qualité proviennent également de l’ancienne collection de Charles Ratton : un exceptionnel pendentif Hungana (estimation : 15 000 / 20 000 €) ou encore deux pièces Sépik de Papouasie Nouvelle-Guinée, probablement acquises auprès de Pierre Loeb (notamment un appui-tête à quatre cariatides estimé 30 000 / 40 000 €).

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APPUI-TÊTE LUBA-SHANKADI LUBA-SHANKADI HEADREST RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO, Bois, Hauteur: 17,5 cm. Largeur: 17,2 cm. Estimation : 500 000 – 800 000 €. Courtesy : Millon

La partie archéologie comprend des lots principalement d’art égyptien mais aussi d’art grec et romain. Les objets les plus emblématiques sont sans conteste un bas-relief du Nouvel-Empire représentant un priant séparé de deux personnages féminins par trois colonnes de hiéroglyphes ; une tête d’Onouris aux yeux incrustés datant de la Troisième Période Intermédiaire ; une idole Cycladique en marbre les bras croisés sur le ventre datant du milieu du troisième millénaire avant J.C. et un charmant lecythe attique à figures noires sur fond blanc datant du début du Vème siècle avant J.C. et représentant Hercule combattant le Triton. Cette collection se singularise par la présence de nombreux éléments d’incrustation du NouvelEmpire et de fragments de verres mosaïqués de l’époque ptolémaïque qui ne sont pas sans évoquer les grandes collections de verres anciens de la première moitié du XXème siècle tel que la Collection Kofler et Groppi. Les collectionneurs et amateurs du monde entier auront donc bientôt la possibilité d’acquérir ces trésors conservés par Madeleine Meunier pendant près d’un demi-siècle. Cette collection est le témoignage d’une époque révolue, illustrant le goût raffiné de deux personnages historiques du monde des Arts Premiers.

 

La BRAFA et la TEFAF

Guitare sur la table Pablo Picasso (Malaga 1881-1973 Mougins) Pastel et crayon sur papier 32.5 x 25 cm Courtesy: BRAFA

Guitare sur la table Pablo Picasso (Malaga 1881-1973 Mougins) Pastel et crayon sur papier 32.5 x 25 cm Courtesy: BRAFA

Deux foires européennes dédiées aux antiquités se sont partagées le marché entre février et mars : la BRAFA à Bruxelles et la TEFAF à Maastricht. Artexpo fait le point sur ces évènements incontournables. D’abord, la BRAFA, foire belge qui monte en puissance d’année en année, a clôturé sa 61ème édition sur un nouveau record de fréquentation. Harold t’Kint de Roodenbeke, son président, ne manque pas d’ambition, comme il le dit lui-même : « Le souhait principal est de renforcer notre côté incontournable en Europe, déplacer de plus en plus de clients internationaux, tout en étendant au fur et à mesure l’offre, bref un développement naturel même si les évènements artistiques se multiplient depuis quelques années. Nous souhaitons offrir la plus belle plateforme possible à nos exposants, dont le patient travail de dénicheur de trésors est largement méconnu. …»

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