Beaudry chez Uhoda

UHODA

Charlotte Beaudry © Courtesy of the artist

Pour sa deuxième exposition à la galerie Yoko Uhoda, Charlotte Beaudry approfondit son environnement plastique : un univers singulier, toujours plus riche, toujours plus réfléchi, nourri de pop, de surréalisme, de conceptuel. Un monde où peinture et sculpture se rencontrent, où images et formes sont à la fois indices et questions, pistes et brouillages, jeux et trompe-l’œil de, par et à propos du genre. Chose bien étrange que la féminité et sa représentation. Chose ambiguë et ténue, basée sur des riens : des vêtements, des chaussures, des poils, une émotion, un ressenti. La peinture quasi abstraite de Charlotte Beaudry, faite de formes géométriques et de tons gris, évoque quelque chose sur le point d’éclater, à moins qu’il ne l’ait déjà fait, transmettant autant la sérénité que la violence. Ces éclats se retrouvent parmi les petites porcelaines de l’installation d’à côté, ou accrochées sur une toile. D’autres pièces de porcelaine nous ramènent au monde sous-marin, à ses coraux aux formes sensuelles et sexuelles. L’installation a été pensée pour être traversée, comme dans un rite de passage à la vie adulte, pour y entendre le son des porcelaines quand elles s’entrechoquent.

À y regarder de trop près, on risque de s’y perdre. Au microscope, sous la loupe, les signes s’embrouillent et les poils poussent comme l’herbe folle. Jeux de masques et d’apparences ? De quoi le poil est-il le symptôme ? Désertification des corps femelles, exubérance des corps mâles aux barbes de patriarche. Jeux d’apparences et de masques, comme les masques de gorille des Guerrilla Girls, la « Chemise de Nuit » de Jana Sterbak ou les femmes barbues du cirque. Pourtant, ici, les corps poilus sont sexués, comme nous montrent trois petits tableaux, de loin, de belles arabesques, mais de près, des sexes féminins cachés derrière une toison comme un panache. Masques ou sculptures, étranges, mais belles. La dimension érotique reste implicite, très éloignée de toute forme de spectacle debordien, en filigrane. Car au premier plan, c’est la peinture. Le geste, la réflexion de la peinture. Du pinceau, encore des poils au bout d’une tige, si on y pense, comme dans ces paysages de tiges émergeant d’un champ enneigé ; des arabesques dans des champs de couleurs ; des queues de renard ; des masques aux formes extraterrestres ou microscopiques. Si la peinture se donne à voir, c’est pour mieux fermer les yeux et ainsi mieux voir, mieux sentir, mieux réfléchir. La peinture est un miroir sans tain.

> Jusqu’au 16 avril à la Yoko Uhoda Gallery, 25 rue Forgeur à 4000 Liège.