Edito

Printemps 2010. Dix années déjà de ce nouveau millénaire sont passées. Petit à petit, les tendances artistiques de la fin du siècle dernier s’estompent et nous paraissent plus lointaines, tandis que de nouvelles formes tendent à apparaître. Si ce printemps Belge voit l’exposition d’artistes vivants renommés comme Pierre Alechinsky et sa cadette Kiki Crêvecoeur au Botanique, que le musée de Louvain-La-Neuve propose une rétrospective de ce grand artiste Belge que fut Gaston Bertrand, on ne peut s’empêcher de penser que ces trois-là sont de la même famille et plus ou moins de la même époque. Ils ont vécu ou vivent encore dans une démarche poétique qui les rassemble, une poétique du trait, hérité du XIXème quand toute connaissance s’exprimait encore dans l’écriture. Nous sentons à voir leurs oeuvres, un grand bonheur, une tendresse, mais à la fois nous savons que cette poétique là appartient au passé. Evidemment, chez d’autres, il y a eu une fin de siècle désabusée, désenchantée, où l’art s’est fait en se niant, entre plaisir et dégoût de soi, entre conceptualisation à outrance et vacuité, le Kitsch, par exemple, a régné en maître dans la production contemporaine. Cependant, on voit poindre une nouvelle lueur. Des artistes entrent en discussion profonde avec notre société mutante, sa technologie, sa technicité, ses métamorphoses. L’exemple le plus frappant est l’avènement du bio art. Ces artistes interrogent les biotechnologies et font l’expérience des modifications génétiques, travaillant en étroite collaboration avec des scientifiques, chercheurs, médecins, informaticiens… De nouveaux lieux les rassemblent comme le Centre des Ecritures Contemporaines et Numériques à Mons, la fondation Verbeke proche d’Anvers ; de nouveaux festivals les représentent tel Ars Electronica qui étudie les rapports entre art, technologie et société ; la Transmédiale de Berlin ; ISEA2010 cet été, un des premier symposium en Art numérique présent dans les manifestations de la Ruhr capitale culturelle de l’Europe. Sans oublier l’exposition « update_3 / body sound » produite par Zebrastraat à l’initiative de la fondation Lieds-Meesen de Gand, qui se déroulera du 17 avril au 20 juin au Centre George Pompidou. Ces expériences sont en devenir, les productions sont toutes interdisciplinaires, elles brouillent les frontières. Il y a là quelque chose qui se passe, un art nouveau se dessine, très ancré dans ce monde, une poétique s’invente… Quel bonheur de sortir enfin de la déréliction !
Céline Tertre